xHTML et iXBRL : les investisseurs vont devoir revoir leurs méthodes de travail. Les attentes sont nombreuses.

Jeudi 24/09/2020

Exane BNP Paribas a mené pour le compte de Labrador Maverick et Euronext la première étude internationale sur les utilisateurs de l’information financière des entreprises. Réalisée entre le 21 juillet et le 4 septembre 2020, l’enquête fait le point sur les méthodes actuelles de travail des analystes et gérants ainsi que sur leurs attentes vis-à-vis des nouveaux formats xHTML et iXBRL qui vont entrer en vigueur début 2021, sur les comptes arrêtés à fin décembre 2020. Près de 160 investisseurs institutionnels ont répondu au questionnaire. Les résultats réservent quelques surprises.

Entretien avec Alain Baetens, Directeur Listing Euronext Paris, Listing France chez Euronext et Laurent Rouyrès, président de Labrador

Plus de 60 % des investisseurs interrogés ne sont pas familiers du langage iXBRL et un tiers seulement en a entendu parler. N’êtes-vous pas inquiets par ces chiffres à quelques semaines de cette grande bascule vers la digitalisation de l’information financière censée transformer le travail des analystes et gérants ?

Alain Baetens : Non pas tant que cela. Il y a des habitudes, des réflexes qui ne se changent pas d’un claquement de doigts. Cela va prendre du temps. Nous l’avons bien vu aux États-Unis, où le lancement de l’XBRL date de 2009. Tout n’a pas été mis en place tout de suite. Il y a eu beaucoup d’évolutions et les utilisateurs commencent tout juste à réaliser tous les avantages de ce format. Il a fallu que les sources d’information aient atteint une certaine maturité, que les autorités de tutelle s’approprient le sujet et que les intégrateurs commencent à développer leurs services.

Nul doute que tout ne se déclenchera pas en un jour début 2021, mais parions sur un déclic qui nous permettra d’entrer de plein pied dans la digitalisation de l’information financière. Les émetteurs, qui sont confrontés en cette année 2020 très particulière aux premiers travaux, vont graduellement intégrer cette surcharge de travail ponctuelle dans un processus d’évolution incontournable et source d’économie.

« Des outils plus fiables et modernes aujourd’hui en Europe »

Laurent Rouyrès : Une chance pour l’Europe, la technologie a considérablement évolué depuis 2009. Les outils choisis sont aujourd’hui de grande qualité, fiables, modernes et il n’y a plus grand monde à convaincre des enjeux de la digitalisation des données. Les potentiels des outils xHTML et iXBRL sont aujourd’hui bien plus élevés.

Cette révolution technologique ne concerne pas que les départements comptables, mais bien d’autres services. À commencer par les relations investisseurs qui auront à gérer l’xHTML de l’intégralité des rapports financiers annuels /URD. Se profile l’opportunité pour l’entreprise d’une création de valeur grâce à une information plus claire, plus comparable, plus accessible.

Alors, si les analystes et gérants, qui se nourrissent des données publiées par les entreprises, ne mesurent pas encore tout le potentiel, les réponses qu’ils apportent à l’étude nous permettent de dessiner les usages et fonctionnalités dont ils auront besoin pour gagner en rapidité, en efficacité et en qualité d’analyse.

Les rapports financiers / URD sont bien les principaux supports pour collecter l’info. L’enquête le confirme, mais elle montre aussi que les méthodes de travail (analyses de PDF par mots clés ou encore ressaisies de données dans Excel) sont encore bien artisanales… 

Alain Baetens : Les investisseurs partent de la donnée source. Les nouveaux formats vont leur permettre d’utiliser à grande échelle des PDF interactifs, mais aussi d’éviter les doubles saisies, sources de pertes de temps et d’erreurs. La digitalisation de la distribution des données ne remplacera pas et ne réduira pas le travail de l’analyse ; au contraire, elle devrait la renforcer. Les investisseurs auront ainsi un accès plus rapide à des données plus nombreuses et fiables.

« Analystes et gérants pourront s’intéresser à des valeurs aujourd’hui délaissées »

Ce temps gagné, ces économies réalisées sur la chaîne administrative va permettre d’optimiser les coûts de gestion et de recherche. Analystes et investisseurs pourront alors s’intéresser à des valeurs, à des entreprises, aujourd’hui délaissées faute de temps et de moyens. Dans le même temps, l’amélioration du contrôle des données incitera les entreprises à plus de prudence et toujours plus de transparence, sans laquelle il n’y a pas d’investisseurs, pas d’analystes, pas de marchés.

Laurent Rouyrès : Ces nouveaux formats vont bouleverser les habitudes. Ils vont considérablement améliorer le dialogue entre les sociétés cotées, les gérants et analystes. Les relations investisseurs ont un rôle clé à jouer dans cette transformation de l’information financière. Les enjeux sont là. Parmi les principales attentes, l’étude indique que 52 % des investisseurs souhaitent avant tout gagner du temps et simplifier les process actuels. Et ils attendent plus de comparabilité entre émetteurs (53 %) et dans le temps (57 %).

La mise en place de ces nouveaux formats vise bien à améliorer l’accessibilité à l’information, à faciliter l’exploitation des données, à simplifier les processus de traitement des informations et à permettre une meilleure comparabilité. Encore une fois cela prendra du temps et nécessitera des évolutions. D’où l’importance pour les émetteurs de ne pas s’enfermer sur une solution figée.

« Des attentes en matière d’information extra-financière »

 

L’étude montre que le potentiel technique de ces formats est encore assez mal appréhendé par les analystes et investisseurs. Mais leurs attentes en matière d’information extra-financière sont déjà fortes…

 

Alain Baetens : Plus de deux investisseurs sur trois souhaitent disposer au format iXBRL les indicateurs de risques (64 %) et les indicateurs ESG (70 %). Un investisseur sur deux souhaiterait également que les éléments clés de l’année puissent être disponibles sous ce format. Les émetteurs vont devoir accompagner les investisseurs. Cela fera vivre cette réforme !

« Des applications web/mobile avec des notifications push en cas de changement »

Laurent Rouyrès : L’étude montre que les émetteurs vont être amenés à produire d’autres versions que la version réglementaire. Divers outils sont plébiscités par les lecteurs, notamment des applications web/mobile, intégrant des notifications push en cas de changement de données (73 %). Si quatre investisseurs sur cinq (81 %) souhaitent continuer à disposer du PDF en plus du xHTML, 62 % soulignent l’importance de pouvoir disposer des mêmes fonctionnalités sur leurs ordinateurs et applications mobiles. Bienvenue au XXIème siècle !

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Propos recueillis par Beñat Caujolle
 
 
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